Accueil Luther musicien Concert 14 mai Concert 28 mai Concert 11 juin L'Aura des Arts Infos pratiques





Le théologien et réformateur Martin Luther (1483-1546) a non seulement marqué de manière déterminante l’histoire du christianisme mais aussi celle de la musique. Musicien accompli et compositeur, il accorde une grande importance à la musique et au rôle qu’elle doit jouer dans l’affirmation de la foi, dans la vie et dans l’éducation. Pour lui, la musique est médiatrice entre l’homme et Dieu.


Depuis sa scolarité à Eisenach, sa « bonne ville » qu’il partage avec Johann Sebastian Bach, la musique occupe une place primordiale dans sa formation. Martin Luther est un chanteur confirmé, pratique le luth, la flûte traversière et la composition. Il fréquente de nombreux compositeurs de son temps comme par exemple Ludwig Senfl, musicien à la cour de Bavière, ou Johann Walter, musicien à la cour de Saxe, qui le présente à Josquin des Prés à Rome. Dès la parution des premiers recueils de cantiques en 1523, le poète Hans Sachs de Nuremberg qualifie Luther de « Rossignol de Wittenberg », une expression qu’il utilisera comme titre d’un poème écrit en son hommage en 1524.


C’est en effet à Wittenberg que Martin Luther initie, notamment en collaboration avec le philosophe et humaniste Philipp Melanchton et le musicien Johann Walter, la Réforme qui réserve une place essentielle à la musique et au chant choral en langue allemande dans le culte afin que toute la communauté puisse participer activement. Pour la mise en place de ce changement, la formation à la pratique musicale est requise pour tous. Ainsi sera introduit l’apprentissage du chant à la paroisse et à l’école.  


En 1523-24 paraissent à Nuremberg, Wittenberg et Erfurt, les premiers recueils de cantiques. Luther écrit les paroles et compose une quarantaine de chorals en langue allemande. Ils sont encore chantés de nos jours. Les paroles sont des adaptations libres des psaumes ou des commentaires spirituels des textes bibliques. Les mélodies, simples à chanter et faciles à mémoriser, sont soit des créations soit des adaptations de chants médiévaux, sacrés ou profanes.


Le répertoire se répand rapidement dans tous les milieux. En constante évolution, le choral luthérien va inspirer nombre de compositeurs. Ludwig Senfl est l’un des principaux compositeurs luthériens de la première génération avant Hans Leo Hassler, Melchior Franck et Michael Praetorius.  Le point culminant est atteint avec Heinrich Schütz, Dietrich Buxtehude et Johann Sebastian Bach, qui fera preuve d’une puissance créatrice rarement égalée en écrivant de la musique au service de la foi.


C’est ainsi que Martin Luther a contribué au développement de la musique dans tous les pays germanophones par le rôle qu’il lui a accordé dans le culte.

L’exposition retrace en images la vie et le rayonnement de la reforme de Martin Luther.





Dès 1524, Martin Luther est préoccupé par la question de la réorganisation du culte de la nouvelle Eglise née de la Réforme. Dans l’ancienne Eglise, le prêtre pouvait célébrer la messe tout seul, les fidèles ne participant pas activement à l’office. D’autre part, le prêtre tournait le dos à l’assemblée et la musique vocale, exclusivement en latin, n’était exécutée que par des professionnels. Martin Luther s’est donc demandé comment organiser un culte dans lequel le pasteur interagit avec l’assemblée. L’idée lui est venue de célébrer le culte comme une sorte de dialogue entre le pasteur et les fidèles. La musique facilite un tel dialogue.


Dès lors, dans le culte protestant, la communauté participe à la liturgie par des réponses courtes chantées en langue allemande. En outre, Luther crée des Lieder ou chorals en s’appuyant sur la tradition des chants populaires. Ces chants d’assemblée devaient être simples, afin que les non-initiés à la musique - hommes, femmes et enfants - puissent en chanter la mélodie. Quant à la  « Figuralmusik », musique très élaborée chantée en polyphonie, elle continue à être exécutée par des professionnels, voire les maîtrises, les femmes n’ayant pas le droit d’y participer.


La musique prend donc un rôle considérable dans le culte luthérien. Son importance égale celle de la parole. En 1538 Luther s’exclame : « Rien n’est plus uni à la Parole de Dieu que la musique » ou encore « Celui qui chante prie doublement. ». Pendant les vingt années suivantes, 1487 chants furent composés par les musiciens de la Réforme dont 43 par Luther. Chaque grande ville faisait imprimer son recueil. La musique servait à s’identifier à la foi protestante. L’expansion des chorals luthériens fut immédiate et franchit les frontières. Face à ce rayonnement un curé catholique du 17ème siècle constatait que les chorals luthériens avaient amené en un rien de temps plus de fidèle à l’église protestante que l’église catholique en 1500 années d’activité.

 

Quel est le secret de ce succès ? Un indice révélateur est la langue vernaculaire : de nombreux chants sont traduits du latin. On chante la Bible (Psaumes, Notre Père, etc.) soit en reprenant les chants antiques, antérieurs au catholicisme romain, soit en écrivant des chants nouveaux en s’appuyant sur des textes bibliques. « La qualité théologique, poétique et prosodique des chants de Luther révèle beaucoup de recherche et de soin. » (Edith Weber)


Luther remanie aussi des hymnes des grands auteurs latins tels qu’Ambroise de Milan : Veni Redemptor gentium – Nun komm, der Heiden Heiland, pour le temps de l’Avent. Le premier chant de Pâques Christ lag in Todesbanden montre que le réformateur emprunte aussi des cantiques de l’Eglise médiévale. Ainsi, transforme-t-il le Christ ist erstanden (du 12ème siècle) et la séquence Victimae paschali laudes (du 11ème siècle) et les adapte dans une nouvelle version qualifiée de « gebessert » (améliorée). Enfin, le choral Vater unser im Himmelreich est une paraphrase et exégèse de la Prière du Seigneur. Chaque verset est illustré par une strophe. Le choral a été publié à Leipzig en 1539 avec ce titre explicatif : « la prière du Seigneur brièvement exposée et transformée en vers ». L’adaptation se réfère probablement à une mélodie anonyme très ancienne (avant 1396) se rapportant au « Tischsegen » (bénédicité) du moine de Salzbourg.


Le programme du concert suit l’évolution de ces trois chorals luthériens en illustrant leurs premières adaptations polyphoniques à deux ou trois voix jusqu’aux versions très élaborées de J. S. Bach.

            

Helga Schauerte


 Lucas Cranach l'Ancien
Martin Luther, musicien
De Luther à Bach